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La crise sanitaire et le décrochage invisible




Déjà plus d’un an que la crise sanitaire a commencé. Les confinements successifs, l’alternance entre les cours en présentiel et ceux en distanciel, le stress, le manque de rapports sociaux sont autant d’éléments qui ont accentué le décrochage de nombreux élèves. Baisse de motivation, baisse des notes, absence totale d’implication, absentéisme : le décrochage est bien là. La crise sanitaire semble avoir précipité bon nombre d’élèves déjà fragiles et peu motivés vers un réel décrochage. La situation est dramatique mais on peut agir dessus, on peut essayer de trouver des solutions car on a identifié ce décrochage-là, le décrochage visible.


Le décrochage qui m’inquiète le plus, c’est celui que l’on ne voit pas ou que l’on ne veut pas voir. Ce sont tous ces élèves qui ont décroché émotionnellement vis-à-vis de l’école, qui ne supportent plus ces changements de rythme, qui ne supportent plus les cours en distanciel qui n’ont, dans certains établissements, tout simplement pas lieu. Eux, souvent les premiers à râler car ils ont trop de devoirs se plaignent maintenant qu’ils n’ont rien à faire. A 13 ans ou 15 ans ou même 17 ans, on ne peut pas demander à un adolescent d’étudier seul en autonomie, sans échéance, sans évaluations, sans cours en visio… Ces élèves qui n’arrivent pas à s’y mettre en distanciel et qui n’arrivent plus à s’y remettre dès que l’école reprend en présentiel sont aussi en décrochage. On peut se dire parfois que ce n’est qu’une mauvaise passe, que c’est à cause de la crise sanitaire et que cela va passer. Certes, sauf que cette mauvaise passe s’installe depuis des mois et qu’au fond, plus elle dure, plus il sera difficile d'en sortir. Pour certains, la motivation ne se ravive plus même lorsque l’école reprend en présentiel : c’est à ce moment-là que cela devient inquiétant. Je crois qu’ils sont plus nombreux qu'on ne le croit dans ce cas. Pourtant, on ne s’en aperçoit pas forcément car on ne voit pas nécessairement de chute des notes radicale. Du moins, pas pour le moment. En cette période difficile, beaucoup de professeurs ont pris le parti pris de noter de façon plus généreuse et beaucoup moins exigeante « pour ne pas pénaliser les élèves ». A cela s’ajoutent les épreuves supprimées. Cela a de bons côtés : les bonnes notes sont souvent encourageantes, et dans un contexte comme celui-ci, les élèves ont particulièrement besoin d’être soutenus et encouragés. Les examens sont anxiogènes et cela en rassure la plupart de ne pas avoir à passer un baccalauréat classique.


Le premier revers de la médaille ce sont tous ces élèves dont le niveau réel est masqué par ces notes de façade. Comme les notes suivent pour le moment, on ne se soucie pas. Pourtant, parfois le décrochage est déjà là. Et en plus de masquer un décrochage chez certains, gonfler les notes risque d'avoir des conséquences dramatiques l'année suivante : les élèves ne comprendront pas pourquoi leur moyenne baissera de 5 points et risquent de complètement perdre confiance et décrocher. Le second revers de la médaille, c’est aussi faire perdurer indirectement la situation et le manque de motivation quelques mois supplémentaires : comment des élèves déjà au plus bas de leur motivation peuvent-ils retrouver un peu de motivation sans vrai challenge, sans exigence ? Je suis convaincue qu’au lieu de trop les ménager, il faudrait faire le contraire : leur demander de se surpasser, les challenger, les aider à retrouver un rythme et un dynamisme. Tout en étant, bien sûr bienveillant et tout en les accompagnant.


Chez Tutenvol, les exigences ne sont pas à la baisse du fait de la crise sanitaire : ce sont les mêmes. Bien sûr, dans un climat bienveillant et à l’écoute car en cette période toute particulière, c’est surtout d’écoute dont les jeunes ont besoin. S’il n’existe pas de baguette magique pour réactiver la motivation, il y a un climat qui peut, je crois, la favoriser grandement : un cadre challengeant et exigeant tout en étant bienveillant et à l’écoute.