L’importance d’être à sa place scolairement
- Aug 14
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Etre à sa place scolairement, c’est primordial. Et pourtant personne n’en parle.
Parce qu’on dit souvent qu’à 14 ou 15 ans, c’est trop tôt pour se poser des questions.
Parce qu’on pense que cela génère du stress chez les adolescents.
Parce qu’on dit régulièrement que de toutes façons, il vaut mieux rester dans des filières générales qui ouvrent plus de portes.
Il n’y a pas d’âge minimum pour se poser des questions. Certains sont prêts dès l’âge de 7 ans, d’autres refusent toujours de s’en poser à 70 ans. Se poser des questions, c’est ouvrir un champ des possibles, c’est accepter d’aller à la rencontre de soi-même, c’est avancer. Alors oui, chacun à son rythme. Mais questionner un enfant ou un adolescent c’est impulser un mouvement, peut-être que le mouvement sera lent, peut-être rapide ou peut-être même inexistant si l’adolescent n’est pas prêt. Mais rien que le fait de poser des questions rend le mouvement possible. Cela lui montre qu'il peut lui aussi se poser des questions, cela lui montre que ses goûts sont importants, que ses choix sont les siens et que son avis compte. Cela lui montre surtout que, dans la vie, il a le droit d’être acteur et pas seulement spectateur. Et c’est toujours bien de le comprendre tôt. Même si sur le moment, il n’est pas prêt, il saura que la porte est ouverte le jour où il sera prêt, que ses goûts et ses choix seront écoutés et qu'un dialogue sera possible.
Se poser la question de qui on est, de nos goûts, de nos aspirations est certes un exercice extrêmement difficile et qui peut chambouler mais au fond cela rassure beaucoup. On se sent moins perdu, plus aligné, les projets s’éclaircissent peu à peu. Les projets naissent rarement par hasard, ils naissent quand il y a un mouvement, quand il y a une ouverture, quand il y a une recherche, quand on est prêt à s’écouter. Et cela passe notamment par le fait de se poser des questions. Le stress vient rarement du fait de se poser des questions. C' est plutôt le stress de ne pas savoir qui ils sont, où ils vont. Et parfois aussi c’est en réalité le stress des parents. Parce que toutes les réponses ne sont pas toujours faciles à entendre et que c’est parfois plus simple de ne pas poser de questions... Un adolescent qui verbalise qu’il n’aime pas l’école depuis toujours alors qu’il a des facilités n’est souvent pas entendu. Un adolescent qui verbalise avoir envie de faire un métier manuel quand toute sa famille imaginait pour lui de longues études d’ingénieur n’est souvent pas entendu non plus. Poser des questions à un adolescent, c'est aussi savoir écouter pleinement ses réponses. Entendre réellement ce que dit un adolescent, c’est prendre le temps de discuter de son projet, de savoir ce qui l’anime, de savoir ce qui lui a donné envie d’aller dans telle ou telle voie sans jugement. Puis en tant qu’adulte, le rôle est d’accompagner les recherches : lui proposer de faire un stage, une journée d’immersion, d’aller voir des portes ouvertes ou de rencontrer tel ou tel professionnel. Peut être que l’idée aboutira en un réel projet, peut être pas, mais cela participera à l’élaboration d’un autre projet. Et cela créera une relation de confiance avec l’adolescent qui se sentira écouté, compris et accompagné dans ce qui compte pour lui, sans jugement. Et c’est extrêmement rassurant pour eux d’avoir cet espace de parole.
Ne pas écouter réellement ce que l’adolescent verbalise c’est indirectement lui faire comprendre que ses choix n’ont pas d’importance, que les autres savent mieux ce qui est bon pour lui. C’est un peu le déposséder de qui il est et de ses aspirations. Et le risque à plus long terme c’est de passer toute une vie à suivre des choix qui ne sont pas les siens…Alors oui, les parents ont un rôle de conseil et sont là pour les aider parfois à être plus réalistes bien sûr. Mais la frontière est parfois fine entre aider son enfant à être plus réaliste et penser à sa place.
Je dis toujours à mes élèves qu’une scolarité réussie, ça n’est pas avoir 18 de moyenne au bac général. Une scolarité réussie, c’est être à sa place, c’est trouver du sens dans sa scolarité, c’est pouvoir choisir ce qui nous plait et nous anime, c’est y arriver, c’est être fier. Quand il y a la joie, l’envie, qu’on s’épanouit, qu’on gagne confiance en soi, on est à sa place.
C’est ça la vraie réussite. Pour certains ça sera certes en voie générale avec des options qui font sens pour eux mais pour d’autres ça sera dans des voies un peu plus concrètes, en technologique ou en professionnel. Dire que le général ouvre plus de portes est complétement faux, un élève peut se retrouver très limité en général s’il n’a pas un bon dossier et a complètement perdu confiance en lui et qu’il a décroché. A l’inverse, un élève d’une filière très spécifique en voie professionnelle ayant un excellent dossier et étant confiant et épanoui aura finalement beaucoup plus de choix pour son post-bac. Il n’y a pas de règles. Une filière peut être super pour un élève et catastrophique pour un autre.
L’important c’est d’observer : quand un élève est malheureux, éteint, désinvesti totalement, complètement perdu, c’est un signal d’alarme : parfois c’est juste qu’il a décroché et rattraper les lacunes permet que ça aille mieux. Parfois il peut y avoir une problématique autre que la scolarité (harcèlement, problèmes familiaux, anxiété, addictions, dépression…). Mais parfois, c’est aussi l’environnement qui n’est pas le bon pour eux. Et dans certains cas, il suffit d’un changement de voie pour que des élèves complétement démotivés se révèlent et rayonnent.
Finalement, je crois qu’être à sa place scolairement, c’est rayonner, c’est être fier. C’est être dans un environnement qui permet de s’épanouir, de grandir, de développer son potentiel, d'apprendre sereinement et d'en retenir quelque chose, de mûrir des projets, de regarder vers l’avenir avec confiance.
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